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Pascale Otis
Grande voyageuse, Pascale Otis se passionne pour la recherche et la vulgarisation scientifique. Elle a simplifié la science notamment à travers des documentaires, des conférences et des articles.

Comment les oies évitent-elles de se geler les pattes pendant l’hiver?

15-04-2010, 1 commentaire(s), Par : Pascale Otis

Pendant mes études scientifiques, être « Mère l’Oie » signifiait souvent de passer pour une patiente fraîchement échappée de l’asile. Car le fait que toute une troupe d’oies suivent un être humain n’est malheureusement pas encore complètement considéré comme étant ‘normal’ dans notre société.


Les découvertes scientifiques
En plus de contribuer à changer mes habitudes de vie, la facilité avec laquelle on arrive à imprégner ces oiseaux a permis de faire avancer la recherche scientifique comme jamais auparavant. Et plus souvent qu’autrement, cela s’est fait avec toute une troupe d’oies endormies sous la table, sur la table, sur mes genoux ou dans le repli d’un manteau.


L’une des études réalisée en laboratoire s’est révélé être particulièrement intéressante. Le fait que les oies, tout comme la plupart des oiseaux d’ailleurs, ont des pieds dépourvus de plumes m’a amenée à me poser la question suivante : « Comment les oies évitent-elles de se geler les pattes pendant l’hiver, alors qu’elles marchent sur la neige et la glace »?


La plupart des gens avec qui j’avais discuté du sujet trouvaient bien raisonnable de penser que les oies gardaient leurs pattes assez chaudes pour éviter tout problème de gel des tissus. C’est en effet le genre d’explication qui est largement diffusé dans tout bon livre de physiologie animale et que je croyais, à l’époque moi aussi, être l’unique explication.


Tout de même par curiosité, j’ai entrepris la tâche colossale de prendre des mesures de températures de peau sur les palmures de six de mes oies qui avaient assez de discipline pour rester debout sans bouger sur de la neige pendant de longues heures. Avec un peu de pratique, j’arrivais ainsi à obtenir d’excellentes données de température de peau sur les deux pattes de chacun de ces oiseaux à toutes les 2 minutes. Cet exercice relevait parfois de l’exploit lorsque les oies décidaient subitement que l’expérience était terminée. Mais comme l’intérêt premier de ces oiseaux est la nourriture, j’arrivais par contre à distraire mes 6 sujets avec des carottes. Cela les tenait occupés assez longtemps pour me permettre de terminer mes mesures.


Les découvertes et les carottes
Les découvertes qui ont été faites grâce à quelques sacs de carottes en ont surpris plus d’un. Premièrement, les oies (se tenant debout avec les deux pieds sur de la neige) ont la capacité de contrôler la température de chacune de leurs pattes indépendamment l’une de l’autre. Autrement dit, une patte peut être très chaude et, au même moment, l’autre peut être beaucoup plus froide, simplement grâce aux contrôles particuliers de la circulation sanguine dans chaque patte.


La seconde observation était encore plus inattendue et d’autant plus fascinante : la température de la peau des palmures des oies peut descendre jusqu’à -7,1 °C. Une telle température mesurée sur la peau des pieds chez un humain serait clairement synonyme d’amputation de ces membres (car chez l’humain, la peau gèle à -0,7°C). Mais j’allais découvrir, dans les années qui ont suivi mes premières observations, que les cellules de la peau des pattes de ces oiseaux (et de tant d’autres qui vivent au froid) possèdent une propriété particulière : une protéine « antigel » qui freine la croissance des cristaux de glace, protégeant ainsi les tissus des effets dommageables du gel. Une caractéristique semble-t-il essentielle à la survie de plusieurs espèces d’oiseaux au froid, leur permettant de rester actifs par temps froid sans craindre les engelures. Une découverte vraiment géniale pour le domaine de la physiologie.  J’ai poursuivi mes travaux de recherche sur d’autres espèces d’oiseaux, dont les manchots en Antarctique, qui possèdent eux aussi ce type de protéine antigel dans leurs tissus. Les oiseaux n’ont pas fini de nous surprendre !


Qu’en pensez-vous ?
C’est grâce à ces oies que la recherche a fait quelques pas en avant. Mais la question demeure : « l’imprégnation a fait en sorte que ces oiseaux ne pourront jamais retourner dans la nature... a-t-on eu raison de leur enlever cette liberté au nom de la science » ?


Pascale Otis, biologiste
pascaleotis@yahoo.com




 Nous sommes ouverts au public durant l’été ! Rendez visite aux oies à l’Oie-Zoo : www.oie-zoo.com

Commentaires

Danny Miller dit :

14-01-2015, 07h54

Merci pour ce magnifique billet. Il répond à mon questionnement car ce matin à -31 je ne pouvais comprendre comment les dindons sauvages pouvaient résister sans se geler les pattes et aussi la tête qui est dépourvue de plumes.

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