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Pascale Otis
Grande voyageuse, Pascale Otis se passionne pour la recherche et la vulgarisation scientifique. Elle a simplifié la science notamment à travers des documentaires, des conférences et des articles.

L’imprégnation ou comment devenir Mère l’Oie

12-04-2010, 0 commentaire(s), Par : Pascale Otis

« Écoutant les premiers petits cris provenant des œufs qui réagissaient au son de ma voix, j’étais loin de me douter qu’à leur éclosion, les oisons allaient me suivre partout, même jusque dans mon lit ». 


À 32 ans, on peut dire que j’ai déjà eu une soixantaine « d’enfants » à plumes. Car grâce au phénomène de l’imprégnation, je suis devenue « Mère l’Oie ». 


Qu’est-ce que l’imprégnation ?


L’imprégnation a été observée en premier chez des oies cendrées par le biologiste et zoologiste autrichien Konrad Lorenz (1903-1989). Le phénomène qu’il a décrit dans ses livres fait en sorte que les petits des oies (appelés oisons) considèrent un être particulier, qui est présent au début et pendant les premiers stades de leur vie, comme étant le parent. Dans mon cas, les oisons  étaient imprégnés sur moi et me considéraient donc comme étant le parent adoptif. Ils me suivaient partout et réagissaient à ma voix, comme ils le feraient avec leurs véritables parents. 


Ce comportement assure sans doute la survie des oisons en milieu naturel, les gardant attachés à une figure parentale leur procurant une certaine protection contre les prédateurs et de qui ils peuvent apprendre certains comportements qui ne sont pas innés. Mais pour mes travaux de recherche, la facilité avec laquelle on arrive à imprégner des oies me permettait d’effectuer plusieurs expériences sans déranger le moindrement ces oiseaux par ma présence. J’ai ainsi pu apprendre à mes oisons à marcher sur un tapis roulant lorsque j’étais étudiante à l’Université Laval, par exemple. Et cette activité semblait tout à fait leur plaire puisque c’est lorsque j’arrêtais le tapis à la fin de chaque expérience que les oisons semblaient montrer des signes de désapprobation envers « maman ». 


 « L’élevage des oisons se faisait souvent par essais et erreurs. Car les oies n’avaient pas encore écrit de livre décrivant comment s’occuper de leurs petits ».


Avant la sortie de l’œuf


L’imprégnation sur le parent commençait toujours avant même que l’oison ne sorte de l’œuf. Déjà plusieurs jours avant l’éclosion, le petit réagissait à une voix familière en bougeant. Puis, environ une journée avant de sortir, il se mettait à pousser de petits cris. 


Les premières heures suivant l’éclosion étaient souvent passées à rassurer l’oison par ma voix, le tenant bien au chaud dans le repli de mon gilet. Il fallait par la suite très rapidement passer des heures et des heures à leur parler. Comme j’ai découvert avec le temps, cette étape semblait très importante dans la vie d’un oison, car la reconnaissance de ma voix devenait essentielle par la suite puisqu’il m’arrivait de changer de vêtements…


Malheureusement, dans les premiers jours de leur vie, les oisons semblaient être beaucoup plus intéressés à suivre une paire de souliers familiers… ou tout simplement le moindre objet en mouvement. À cet âge, ils ne semblaient pas être tellement en mesure de clairement identifier la provenance de ma voix. Ainsi, il arrivait souvent qu’un oison se mette à suivre un total inconnu pendant l’une de nos marches. Et lorsque je tentais de rappeler le petit égaré vers moi, l’oison marchait encore plus vite, pensant semble-t-il que la voix provenait de l’inconnu. Il me fallait alors demander à ce pauvre inconnu de s’arrêter de marcher. Aussitôt, l’oison cherchait à suivre quelqu’un d’autre qui était en mouvement et se dirigeait, avec un peu de chance, vers moi en me voyant bouger tout en l’appelant. 


Les oies ne réagissaient habituellement pas à leur nom, sauf exception faite pour Ana qui a gardé la particularité de répondre par un cri aigu lorsqu’on prononce son nom. Les oies connaissent par contre certains mots qui prennent une signification que les oies comprennent facilement. « Allez » et « venez » servent encore à les faire avancer et plus ces mots sont répétés de manière rapprochée, plus les oies avancent rapidement. Mais à d’autres occasions, lorsqu’elles en décident ainsi, rien n’arrive à les faire bouger et il faut alors avoir la patience d’attendre quelques minutes. 


Suivez mes prochains billets en ligne mercredi le 14 avril et vendredi  le 16 avril et n'hésitez pas à commentez ou à me poser vos questions, je serai heureuse d'y répondre!

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